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Écrit par Aurel   
02-03-2009
Mes sœurs citoyennes, mes frères citoyens, de toutes origines géographiques, de toutes cultures, de toutes couleurs de peaux, de toutes croyances ou incroyances, catégories sociales ou de tous niveaux scolaires, le jour est arrivé ! Le jour est arrivé pour moi, pour toi, pour nous, de resserrer nos rangs et de se tenir fermement la main si nous ne voulons pas tomber les uns après les autres comme un jeu de dominos. Le jour est arrivé de défendre envers et contre tout le projet de société humaniste basé sur des valeurs universelles que nous avons eu tant de mal à bâtir à coups de dents et à coups de griffes.
A l’arracher depuis plus de 200 ans des ombres obscures, et qui est mis aujourd’hui en danger par la politique de division de Nicolas Sarkozy. Le jour est arrivé, pour moi, pour toi, pour nous, de faire un tri écologique parmi les idées et les individus mêmes d’entre nos propres familles qui polluent et gangrènent consciemment notre environnement à tous.

Ainsi, les crises économiques, sociales, et environnementales qui traversent non seulement notre bonne vieille France, mais aussi notre chère Europe, et l’ensemble de notre somptueuse planète, rappèlent à elles seules - tant l’ensemble de ces symptômes remémore en notre inconscient collectif à tous la douleur encore vive des heures les plus noires qu’aient vécue l’humanité - qu’il est inutile de s’attarder à souligner l’urgence du moment ; même s’il est vrai que nous avons encore peine à croire nos yeux et nos oreilles. Ainsi allant tous d’étonnements en étonnements, c’est je n’en doute pas estomaqués que vous allez être à la lecture de ce que je vais maintenant vous dire. Tant il est vrai que par cette obligation morale, ou éthique - appelez la comme vous voudrez - que j’aie de devoir déclarer ce que je vais maintenant vous dire fait soudainement peser sur moi le lourd poids d’un sentiment effroyable en songeant que nous sommes tous revenus des années en arrière. Ainsi, et j’en suis le premier surpris, est venu maintenant pour moi, pour toi, pour nous, le moment de combattre ensemble ces Léviathans tapis dans les ombres lacustres à la pleine lumière…





Le jour est venu pour moi de défendre la presse chrétienne. Oui, tu n’es ni aveugle, ni sourd. Tu m’as parfaitement bien lu. Et parfaitement bien entendu. Nul besoin de te pincer : moi l’athée je suis en train de te dire qu’il nous faut défendre la presse chrétienne. Mais pas n’importe laquelle cependant. Et c’est bien là pourquoi il nous faut la défendre avec panache et sans faillir. Je parle de la presse chrétienne éclairée, laïque de notre pays. Plus précisément de Journal Chrétien qui est menacé de disparaître dans les limbes au panthéon de la presse éclairée. Et si je prends la peine aujourd’hui de défendre ce journal, c’est aussi et surtout pour bien souligner d’une part que tout comme les juifs ou les musulmans, les chrétiens soucieux du vivre ensemble républicain existent ; et que d’autre part c’est justement parce qu’ils existent qu’ils dérangent ceux qui ne le sont pas. Ces derniers ayant pour chef de file anti-républicain dans notre pays, paradoxalement, un président que les citoyens de cette même république ont élus, il est vrai pour des raisons certes plus économiques que religieuses, le chanoine de Latran, le tribun de Riyad : Nicolas Sarkozy. Sarkoléon 1er pour les intimes. Dont Journal Chrétien, si seulement nous l’avions lu et écouté à ce moment là, il n’est pas inutile de le rappeler, avait donné 51 bonnes raisons de voter contre lui à la veille des élections présidentielles.



Je suis athée. Et en tant que tel, j’ai caricaturé, blasphémé, critiqué les dogmes. Les dogmes chrétiens en particulier, car naturellement plus présents dans ma sphère géographique. J’ai fondé avec un ami une association franco turque athée et laïque. J’ai mis sur papier à l’infini mon athéisme que j’ai décliné en vers et en poèmes que j’ai déclamés publiquement, à la maison, dans la rue et par voie de presse, que j’ai chantés, glorifiés. Parce que de cette aptitude là même à tout pouvoir critiquer, à tout remettre en cause, dépend non seulement pour moi-même et pour les miens, notre indépendance et notre liberté à tous, dont elle se fait la raison intrinsèque et sine qua non. La critique de tous dogmes religieux, politiques, philosophiques, et y compris des dogmes athées, a toujours été, est, et restera toujours pour l’humanité la pierre d’angle de tout édifice démocratique, de tout vivre ensemble.



Oui, j’exècre les dogmes et les religions qui sont pour moi un frein à l’émancipation de l’esprit humain. Oui je pense que l’humanité se porterait bien mieux s’il n’y avait pas tous ces milliers de dieux inutiles que personne n’a jamais vu et pour lesquels elle n’a eu de cesse de se déchirer ; ou si tout du moins nous revenions aux mythes chamanistes d’autrefois, bien plus universels, consistant à s’adonner corps et âme à une sacralisation panthéiste de la nature, autrement plus saine à mes yeux d’humaniste fervent. Oui, je suis athée. C’est certain, c’est clair, net et non négociable. Et c’est justement parce que j’ai en moi la sensible évidence d’admettre d’une part le besoin qui n’est pas le mien mais somme toute humain de certains de mes concitoyens à croire en une force supérieure qui les protège ; et d’autre part la conscience profonde des dérives obscurantistes et génocidaires de l’application textuelle des religion, et en particulier du christianisme qui a tout au long de son histoire décimé les miens, peuples et cultures païennes de la Gaule Antique à l’Afrique des prêtres génocidaires du Rwanda, en passant par l’inquisition, le massacre des cathares et les guerres de religion qui ont successivement enflammées l’Europe et le Moyen Orient tout au long des siècles. J’en passe des vertes et des meilleures… Parce que je veux vivre et passer librement dans la rue, chez le boulanger et au sex-shop sans être stigmatisé et sans avoir à me cacher d’aucune sorte, ni moi ni toi, ni personne ; que c’est justement pourquoi, disais-je, qu’il convient, qu’il m’incombe littéralement de défendre ceux d’entre nos sœurs et nos frères croyants éclairés et ici précisément chrétiens et laïques. Ceci afin de rappeler avant tout que ces derniers ont toujours été les premières victimes de l’interprétation néfaste des dogmes, car en première ligne, car de tous temps répondant présent lorsqu’il s’agissait de les combattre, à nos côtés et pour nos libertés. Pour toi, pour moi, pour eux, pour nous tous… Alors rappelons ici certains faits historiques afin qu’on ne nous fasse pas prendre des vessies pour des lanternes et la culotte de ma sœur pour un parachute ascensionnel. Afin de ne pas nous laisser diviser. A l’heure où les forces radicales retentent une progression sauvage dans les milieux chrétiens laïques qui les avaient avec bravoure repoussés aux portes de l’Enfer qui leur convient ; quand les discours du président se transforment en longs réquisitoires pamphlétaires fustigeant la République du vivre ensemble ; que la France accueille son premier évêque de l’Opus Dei ; que le Pape aide d’une main les prêtres pédophiles à échapper aux lois de leurs pays en réhabilitant de l’autre les évêques négationnistes ; quand le latin revient en force dans les paroisses intégristes de France.


Rappelons qu’il y a bien comme partout et dans toutes les religions, des chrétiens éclairés combattant de l’intérieur avec l’ensemble de la population les forces obscures et permettre d’ avoir mis fin aux croisades, à l’ inquisiton, ou pour rédiger un Edit de Nantes reconnaissant des droits aux protestants. Rappelons qu’il y bien eu des prêtres constitutionnels comme Talleyrand ou l’abbé Grégoire pour s’opposer aux prêtres réfractaires et rédiger ensemble aux côtés de révolutionnaires libres penseurs en 1790, la Constitution Civile du Clergé qui allait être l’épicentre d’une division profonde au sein de la société française, et dont les secousses sismiques se font encore parfois ressentir aujourd’hui comme fer de lance à chaque retour de l’intégrisme chrétien ; en donnant des droits civiques aux membres du clergé, les autorisant à quitter leurs communautés, les émancipant non pour le dogme mais administrativement du Pape. Rappelons encore que si l’Europe ne s’est pas construite par la religion - mais par l’émancipation de la main mise de celle-ci sur les sphères publiques, politiques et privées- les combats acharnés qui ont menés à la loi de 1905 et à cet espace européen relativement démocratique que nous connaissons aujourd’hui, rien ne se serait fait néanmoins sans le concours de nos concitoyens croyants éclairés. Rappelons pour finir en ce qui concerne nos sœurs et nos frères chrétiens que si Hitler déclarait dans Mein Kampf « je suis catholique, la providence en a voulu ainsi », s’il fut des autorités ecclésiastiques pour encenser le peuple et l’inviter à se rallier à Pétain dans un appel intitulé « français, vos évêques vous parlent », pendant que les nazis raflaient les juifs « aux fenêtres du pape », il en étaient d’autres pour cacher des juifs et entrer en résistance aux côtés des incroyants - comme l’appelait si superbement Aragon dans son poignant poème, la Rose et le Réséda - afin de faire sauter des ponts ou créer une presse clandestine.


Ce fut précisément le cas des fondateurs de Journal Chrétien. Ce vilain canard, ce magnifique cygne qui est né au beau milieu du nazisme, comme tournesol s’élève de la boue brune vers le soleil, n’a eu de cesse depuis 1941, depuis 68 longues années, de combattre tous les fanatismes et de se faire le lien d’or entre chrétiens, juifs, musulmans, bouddhistes, athées, agnostiques ainsi que des nombreuses autres couleurs de cette magnifique palette de philosophies de vies qui teignent de la terre au ciel le peuple de France. Dénonçant inlassablement l'intégrisme chrétien ainsi que les politiques s'appuyant sur la manipulation et l' instrumentalisation de son son dogme. Tout comme il en va de même en Turquie et partout ailleurs dans le monde avec le fondamentalisme islamiste qui est à démarquer catégoriquement de l’ensemble des musulmans, les lecteurs de Témoignage Chrétien ainsi que les chrétiens qu’il représente ne doivent en aucun cas être confondus avec quelques trublions identitaires dont la raison d’être est de gueuler plus fort que les autres et diviser afin de faire peur pour pouvoir exister ; ne représentant en aucun cas une majorité obscure mais et une forte minorité démocratique dont la vocation pacifique est de venir s’ajouter à l’ensemble des citoyens de la République œuvrant dans le même soucis de dialogue et de fraternité entre les peuples et les individus, dans le plus pur respect de la liberté de conscience.



Voilà pourquoi Témoignage chrétien ne doit pas mourir. Pour que ne se fane pas comme rose au soleil que l’on aurait oubliée d’arroser, l’un des premiers garde-fous de notre belle république. Parce que perdu au beau milieu de l’océan de la presse française de plus en plus polluée par la marée brune il sert de sémaphore aux étoiles tombées dans la mer ; parce que la disparition d’un tel journal serait une perte immense pour la démocratie de notre pays ; parce qu’il en va tout simplement de notre survie : à eux, à toi, à moi, à nous… Parce que nous nous souvenons enfin que parmi les positions courageuses de "TC", ses rédacteurs défendirent le film "Amen" sur les relations entre le Vatican et le régime nazi de Costa-Gavras qui fit tant scandale chez les intégristes et que déjà lors du "maintien de l'ordre" de 1954-1962, il était le seul journal à avoir défendu les Algériens.

Voilà pourquoi comme Cécile Duflot, comme Jacques Delors, comme Benoit Hamon, quelques puissent être nos différences ou nos gabarits, sans faillir et unis comme se sont héroïquement unis ce soir le pack du 15 du coq et ses dieux du stade infligeant une magnifique correction à l'équipe du poireau - j'appelle chacun d’entre nous à soutenir ce noble journal pour châtier Sarkozy. Pour envoyer ce message clair au capitaine de l'UMP vascillante, que la presse de notre pays restera indépendante et libre, et que tous ensemble, nous ne tomberons pas.

****

La Rose et le Réséda

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous deux adoraient la belle
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l'échelle
Et lequel guettait en bas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Qu'importe comment s'appelle
Cette clarté sur leur pas
Que l'un fut de la chapelle
Et l'autre s'y dérobât
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du coeur des bras
Et tous les deux disaient qu'elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l'un chancelle
L'autre tombe qui mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l'autre gèle
Lequel préfère les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Un rebelle est un rebelle
Deux sanglots font un seul glas
Et quand vient l'aube cruelle
Passent de vie à trépas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Répétant le nom de celle
Qu'aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
Même couleur même éclat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Il coule il coule il se mêle
À la terre qu'il aima
Pour qu'à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
L'un court et l'autre a des ailes
De Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle
Le double amour qui brûla
L'alouette et l'hirondelle
La rose et le réséda

Louis Aragon, 1er mars 1943

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Dernière mise à jour : ( 09-03-2009 )
 
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