J’ai froid. J’ai pourtant mis le chauffage et il fait assez bon dans ma chambre. Pourtant mon corps tremble et mon cœur est glacé. La neige qui tombe au dehors n’y est pour rien. L’unique responsable est le gouvernement israélien. Car ce n’est pas de la neige qu’il fait tomber sur la bande de Gaza mais des bombes. Sur des maisons, des écoles… je pense aux très nombreux civils qui vivent dans la peur de mourir à chaque instant. Nous, ici, nous ne le savons pas. Nous n’en avons même pas conscience. Mais il y a des endroits dans le monde où l’on voit passer des avions de combat au-dessus de nos têtes. C’est fou pour nous d’imaginer voir passer un avion de combat dans le ciel de Paris. De l’imaginer larguer ses bombes sur l’école où sont en train d’étudier nos enfants pendant que nous prenons un vin chaud à la cannelle à la terrasse d’une brasserie avant d’aller les chercher à la sortie. C’est pour nous tellement inimaginable, n’est-ce pas ? Pourtant il y a des endroits dans le monde où c’est malheureusement presque une scène de la vie quotidienne. La Palestine en est un.
Comme à chaque fois que quelque chose de si inhumain, de si incroyable arrive et que l’on a beau se répéter que ce n’est pas possible sachant pourtant que cela est en train d’arriver - quand on se sent tellement si impuissant - face à tant d’horreur inéluctable… alors j’en ai beaucoup parlé ces derniers jours autour de moi. Comme pour expier l’horreur. Avec mes amis, ma famille politique, avec n’importe qui… Et évidemment je me suis beaucoup engueulé. Comme à chaque fois que je me heurte à tellement de préjugés racistes… tant envers les arabes et les musulmans que les israéliens et les juifs d’ailleurs.
Pour certains, être solidaire du peuple palestinien signifie forcément être pour le Hamas. Pour d’autres les palestiniens qui ont voté pour le Hamas majoritairement sont tous des intégristes musulmans. Loin de moi de cautionner le Hamas pour lequel je n’ai strictement aucune sympathie philosophique. Et je condamne évidemment le plus fermement du monde les tirs de roquettes et les attentats terroristes qui meurtrissent les civils israéliens. Je me sens d’ailleurs tout autant frère du peuple israélien quand il se retrouve sous les pluies de roquettes ou des attentats que je me sens frère aujourd’hui du peuple palestinien sous les bombes. Mais je dois reconnaître deux choses. Premièrement, il faut que cela soit dit, la réponse de l’armée israélienne est clairement disproportionnée. Ensuite je voudrais attirer votre attention que lorsqu’un état pratique depuis des décennies une politique de colonisation sur vos terres en vous expulsant de vos maisons où en les bombardant pour reconstruire derrière afin de s’y reloger, quand il vous parque comme on parquait dans des camps aux heures les plus sombres de notre histoire européenne, quand l’on exerce sur vous un blocus économique, quand vous vivez parfois sans eau potable ni électricité, quand vous n’avez de médicaments que ceux que l’aide internationale arrive à vous fournir, quand vous vivez dans la peur des bombes qui tombent et des balles qui sifflent… alors comment… oui, comment humainement, peut-on encore se raisonner sans céder à la radicalisation la plus démente, à la révolte, à la violence ? Et si je me refuse moi, étant fondamentalement non-violent, à prendre parti pour le Hamas, ou d’ordre général de céder à la violence en répondant à la haine par la haine, de tomber à un tel point de dégradation morale jusqu’à aller légitimer de me transformer à mon tour en bête, en un monstre inhumain ; je me surprend à penser que Saint-Just en 1793 aurait lui peut-être été plus catégorique sur la question. Surtout lorsqu’il déclarait aux côtés de Hérault de Séchelle dans l’article l'article 35 de la constitution du 24 juin de la même année que : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ».
Pour d’autres encore, les israéliens sont tous des nazis qui font subir aux palestiniens le génocide que les juifs ont connu avec la shoah il y a 60 ans. Comme s’il ne pouvait pas exister d’opposition pacifique dans le peuple israélien qui ne soit en total désaccord avec la politique de du gouvernement. Un peu comme si tous les français, dans leur ensemble, étaient aujourd’hui de tout cœur avec la politique d’expulsion de Nicolas Sarkozy et de son ministre « de l’intégration et de l’identité nationale », Brice Horteufeux.
Je me suis heurté à tellement de préjugés, de ce que l’on appelle de « racisme latent », que j’en suis tombé abasourdi. Et que finalement, les conversations à propos de ce que vit aujourd’hui le peuple palestinien me sont apparues comme le miroir reflétant le visage de mes concitoyens. Au fur et à mesure que tombaient les bombes du gouvernement israélien, elles pulvérisaient les masques de nombre de mes compatriotes, faisant apparaître leurs visages à la pleine lumière. Et je peux vous dire sincèrement qu’ils ne sont pas vraiment tous jolis à voir !
Oui, je le répète à vous mes amis, mes sœurs, mes frères. La question palestinienne est pour moi un miroir qui reflète un mal profond. Les différentes réactions, parfois aberrantes de bêtise, auxquelles j’ai du faire front sur le sujet le montrent. Tout comme me le susurrait déjà à l’oreille l’actualité la plus récente ainsi que celle de ses trente dernières années.
Ce mal profond dont je vous parle est la vision que nous nous faisons du monde à majorité musulmane. Je dis bien du monde à majorité musulmane car même en Iran, il existe des athées, des chrétiens, des laïques, et même une communauté juive. (Qu’ils ne soient pas au pouvoir ne signifie pas qu’il faille les ignorer. Je pense qu’il faut au contraire parler d’eux plus que jamais. Par solidarité).
Alors comment prétendre, nous Français, régler la question palestinienne, quand chez nous aujourd’hui en 2009, on peut lire ou entendre encore trop souvent dans les médias ou les conversations quotidiennes les préjugés les plus infondés sur les juifs et les musulmans, sur les israéliens et les arabes. Récemment la plus belle représentation de ce paradoxe invraisemblable est la prétendue volonté affichée de Nicolas Sarkozy d’appeler à la paix au Moyen-Orient. Lui dont la politique d’immigration inacceptable dans un pays de Droit a tant fait pour marginaliser les immigrés de France.
Quand je pense qu'il y en a encore aussi parmi mes concitoyens pour s'étonner que les récentes manifestations en solidarité avec la Palestine aient été laissées aux intégristes musulmans. Raccourci qu’ils font d’ailleurs eux-mêmes et que je ne partage pas. S’il y avait en effet de très nombreuses personnes originaires du monde à majorité musulmane et du monde arabe en particulier, il est plus que douteux et franchement dangereux de faire l’amalgame entre quelques radicaux – comme il y en a d’ailleurs dans toutes les manifestations – et l’ensemble des manifestants originaires du monde à majorité musulmane. Quel ironique spectacle de voir ceux-là s’étonner de la place laissée, un peu trop il est vrai, aux minorités extrémistes. Quand on sait tous les efforts que la Gauche comme la Droite ont faits pour infantiliser nos concitoyens français de confession musulmane depuis au moins ses trente dernières années. Je pense évidemment à Khomeiny que la France de Giscard a accueilli en ami. Je pense aussi à tous les moyens mis en œuvre par les européens et la CIA en particulier pour former une « Green Belt » afin de faire rempart contre le communisme dans le monde à majorité musulmane. Ou quand nous formions, armions et mettions au pouvoir des islamistes au dépend de toutes les organisations de la gauche laïque de ces pays là. Je pense encore à la loi sur le port du voile de 2002. J'ai l'honneur d'avoir dans mes amis, nombre de combattants démocrates et laïques issus du monde à majorité musulmane. Qu’ils soient athées ou musulmans, leur panache est d’un blanc éclatant, et fait de l’ombre par leur courage à la mièvre torpeur dans laquelle se complaisent les forces laïques traditionnelles de France. Je peux vous dire qu’au moment de la loi pour l’interdiction du port du voile à l’école en 2002 la position de certains partis de gauche avec lesquels ils se sentaient pourtant naturellement de cœur leur est encore resté en travers de la gorge, quand tout le monde musulman laïque exhortait la France à tenir bon face aux fondamentalistes musulmans. S’ils connaissaient la position parfois ouvertement raciste de la droite, en revanche ils découvraient avec dans la bouche comme un sentiment de trahison, une certaine gauche infantilisante, condescendante, qui acceptait un voile aux femmes musulmanes qu'elle n'aurait pas accepté aux chrétiennes. Infantilisation ou débile calcul électoraliste ? J'aime à penser concernant ma propre famille politique que c'est par bonté d'âme et que parfois comme l’on dit : trop bon rime avec trop con...

Oui, comment régler le problème palestinien quand déjà ici, nous avons tant de mal à rentrer dans le crâne de nombre de personnes se prétendant par ailleurs épouser les valeurs universelles que la parité dans la diversité culturelle est une question d'intégrité légitime quand on commence à observer une parité quelconque. Comme aujourd’hui la sacro sainte parité hommes femmes si chers à nombre de nos partis de gauche. Comment régler le problème palestinien quand la diversité est si peu visible autant politiquement que médiatiquement ? Comment régler le problème palestinien quand on profane plus de 500 tombes musulmanes, qu'on brûle une mosquée et qu'aucun politique, aucun représentant officiel de l’Etat ne rend visite sur place aux français se sentant offensés et laissés pour compte, abandonnés, relégués au rang de citoyens de deuxième classe, afin de leur exprimer une logique et légitime indignation. Une humaine compassion. Que personne ne s'émeut outre mesure de tels faits. Ou alors en se donnant bonne conscience par de brefs communiqués balancés sporadiquement ça et là par les porte-parole de partis. Comme on lance du grain aux poules en dehors des heures de ponte électorales. Comment prétendre régler le problème palestinien dans un pays ou lorsqu'on a un nom à consonance arabe, on a 10 fois moins de chances de trouver un appartement à louer ou un emploi ? Comment trouver une solution à la question palestinienne à l'heure sombre où la patrie des Lumières ressemble de plus en plus à s’y méprendre à celle de Pétain qu'à celle de Robespierre ? Comment régler la question palestinienne dans un pays où circulent, sans pour autant vouloir généraliser non plus, autant de préjugés anti-musulmans qu'il y en a eu et en a encore profondément d’anti-juifs ? Comment venir en aide aux femmes et aux enfants palestiniens, quand nous-mêmes dans notre propre pays avons pris l’infâme habitude de préférer laisser la parole médiatique aux radicaux de tous bords et aux islamistes en particuliers. Aux islamistes surtout, en prenant bien soin d’avoir l’audace incroyable de demander après quoi aux personnes issue du monde à majorité musulmane, de ne pas assez se condamner Ben Laden et, au fond, d’avoir à se justifier sur ses origines.
Alors oui, je vous le dis le plus sincèrement du monde mes ami(e)s, mes sœurs, mes frères, il faut être sacrément gonflé d’encore se dire étonné que la rue soit laissée aux radicaux islamistes lors des manifestation de solidarité envers nos frères palestiniens ! Quand nous même d’ailleurs rechignons tant à y aller. Et quelle arrogance de surcroît de prétendre trouver une solution à un problème qui n’est nul autre qu’une problématique prenant sa source dans une politique de colonisation ! Lorsque nous avons nous-mêmes colonisés presque plus que tout autre pays au monde nos peuples frères et que nous n’avons toujours pas réglé en toute conscience le problème lié à notre passé coloniale. A celui du Maghreb et de l’Afrique en particulier. Quand nous-mêmes avons encore tant de préjugés sur le monde juif et musulman, sur le monde arabe et israélien. Mais combien d'entre ceux là qui se disent tant offusqués aujourd’hui de tels faits ont déjà pensé, ne serait-ce qu'un court instant, l'espace d'une seule petite seconde, à se mettre à la place d'un de nos concitoyens français originaires du monde à majorité musulmane ? Aucun, bien sûr car comme le dit si bien le proverbe « la critique est aisée, mais l’Art est difficile ». Pourtant il suffirait d'une seule petite seconde pour comprendre qu'en l'espace de 30 ans, à fortiori ses 10 dernières années, tout, absolument tout a été fait à gauche comme à droite pour forcer les musulmans de France au repli identitaire. Pour nous diviser afin de mieux régner. En nous arrachant, nous les frères d’entre nos frères. De la façon la plus infâme qui soit. En créant et en faisant vivre un environnement politico médiatique propice aux préjugés racistes. Nous forçant à rester cantonnés dans des cases. En allant jusqu’à tolérer sur notre propre sol sous couvert d’associations culturelles que l’Etat peut ainsi financer, des organisations politiques et religieuses radicales souvent interdites dans leurs propres pays d’origine. Certaines d’entre elles, le vent ayant tourné, sont même reconnues aujourd’hui comme terroristes par la communauté internationale. Quand on pense que dans les derniers sondages d’opinion, 97 % de nos concitoyens français musulmans se considèrent encore attachés aux valeurs républicaines et qu'ils restent les plus démocrates d'Europe ! Franchement, j'ai beau ne pas aimer la religion, voire même l’exécrer, tant elle est et restera toujours pour moi un frein à l’émancipation de l’esprit humain, je trouve à ceux-là de mes concitoyens un certain sang froid que je ne serais pas sûr d'avoir, si moi j'avais été à leur place. C’est tout d’abord à eux, ainsi qu’au peuple palestinien, que je veux rendre hommage en leur dédiant modestement cet article.
J’ai aussi une petite pensée pour mes deux amis qui m’ont appelé aujourd’hui afin de me faire part de leurs déceptions et leurs désirs de quitter la France. L’un s’appelle Mohamed et est ingénieur en physique athée et laïque. Il est venu de Tunisie pour suivre ses études dans cette France des Lumières qui brillait tant dans ses yeux quand il en parlait. Les préjugés racistes auxquels il s’est heurté l’ont résolu à partir pour le Canada où j’espère il sera heureux. L’autre s’appelle Simcha, elle est franco israélienne, et élève seule 4 enfants. Elle est revenue vivre en France après 20 ans d’expatriation en Angleterre et en Israël. D’Israël, oui, où elle a été pratiquement invitée à quitter le territoire pour avoir aidé des civils palestiniens dans le besoin. Et qui aime tant sortir et faire la fête et dont l’une de ses discothèques préférées où vont tous ses amis a été victime récemment d’un attentat à la bombe. C’est difficile n’est-ce pas, tout autant, lorsqu’on habite à Paris et que l’on sort dans sa boîte préférée pour y retrouver ses amis, d’imaginer qu’à tout moment alors que vous êtes en train de boire un verre, de danser ou de tomber amoureux, qu’à tout moment vous et vos amis pouvez partir en morceaux, façon puzzle aurait dit Audiard. La guerre est une aliénation. Ironie du sort, c’est en rentrant dans le pays qui l’a vu naître qu’elle s’est faite taxée de « sale juive » et qu’elle à été invitée à « retourner dans son pays ». C’est à eux et à tant d’autres de mes frères issus de cet « orient » que l’on dit parfois barbare et belliqueux. Comme s’il existait un choc des civilisations. Comme si le choc au fond n’était pas celui des éducations plus que véritablement celui des cultures. Le choc des inciviques et des petits esprits individualistes et despotiques contre celui de la fibre universelle éclairée des lumières qui, au fond, brûlent en chacun de nous. Le choc de nos lâchetés de nos renoncements contre celui de nos courages, de nos plus nobles sentiments. Mais la lumière n’est en aucun pays de façon intrinsèque mes amis. Aucun n’a le monopole de la Liberté et des Droits Humains. Ni la France, ni aucun autre. Et si vous la voyiez briller les Lumières en arrivant en France c’est qu’elles brûlaient déjà au fond de vos yeux. Le cœur de se monde se consume de ne pas le voir. Et à chaque fois que l’un de ceux-là de mes frères, de mes sœurs renonce au combat quitte ce pays c’est un peu plus de cette France riche de la diversité de ses lumières au fond de mon cœur qui s’éteint. Un peu plus de mon cœur qui se recouvre de neige. Comme les toits de ma ville en cette vesprée hivernale…
Une dernière pensée me vient soudainement à l’esprit. Je me rappelle avoir été présent au moment où certains de mes amis étant originaires de pays où l’on vit sous des températures plus chaudes voyaient tomber la neige pour la première fois. Vous auriez dû voir leur regard à cet instant magique où ils regardaient tomber la neige avec un véritable regard d’enfant. C’est toujours un spectacle extraordinaire et quasi-inimaginable de se dire qu’il est des femmes, des hommes, et même des enfants, comme nous, avec un même cœur, les mêmes regards, le même amour au fond des yeux, et qui peuvent voir au bout de tant d’année la neige tomber pour la première fois de leurs vies. Pourtant, comme pour la neige, il y en a même qui n’ont jamais connu la paix…
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