Pour qui voter ?

L'homme politique qui a besoin du secours de la religion pour gouverner n'est qu'un lâche. Or, jamais un lâche ne devrait être investi des fonctions de chef de l'Etat.

Mustafa Kemal Atatürk, 1881-1938


Accueil
Ceux qui ne voulaient croire qu'en un seul livre (cinquième partie) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Appréciation des utilisateurs: / 21
FaibleMeilleur 
Écrit par Djhaidgh   
19-12-2006
1. Introduction
2. L'exégèse biblique
3. Clément d'Alexandrie et le voleur volé
4. Quand Origène allégorise la polygamie

5. Les saints scrupules de Saint Augustin
6. Epilogue.

5. Les saints scrupules de Saint Augustin

Saint Augustin (354-430 ap JC) sera sans doute l'un des derniers représentants chrétiens, mais non le moindre, de la méthode allégorique. On trouve dans les Evangiles (Matthieu X-34) cette phrase stupéfiante : « Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive ; car je suis venu séparer l'homme d'avec son père. » C'est d'ailleurs bien dommage que notre Sacro-saint Benoît n°16 ne nous en ait touché mot, lui qui cherchait des citations incitant à la violence dans certains textes religieux... Mais peut-être est-ce parce que Saint Augustin s'en explique déjà : « Celui qui renonce au démon, l'avait en effet pour père. Le peuple de Dieu d'avec la cité de ce monde, c'est-à-dire, la société corrompue du genre humain, appelée dans l'Ecriture tantôt Babylone, tantôt l'Egypte, tantôt Sodome, et d'autres noms encore. Or, ces divisions s'opèrent par le glaive spirituel, qui est la parole de Dieu.» Voilà comment, par le simple ajout de l'adjectif ‘spirituel', Saint Augustin arrive à extirper toute notion de violence physique en lui substituant l'image, plus civilisée, d'une lutte d'idée spirituelle...

Le même Saint Augustin nous explique ce passage appelant aussi à une forme notoire de violence :

« Celui qui aura scandalisé un de ces petits, mieux vaudrait qu'on lui attachât une meule de moulin au cou et qu'on le précipitât dans la mer.» (Matthieu, XVIII-6) Pour Saint Augustin, les petits ne sont évidemment pas n'importe qui : Ce sont les disciples de Jésus (novices...) et il ne faut pas les scandaliser en agissant contre l'Evangile. Mais Saint Augustin nous rassure : il ne saurait être question de meurtre ici : la meule symbolise simplement la « cupidité temporelle à laquelle sont attachés tant d'hommes aveugles et insensés, et dont le poids entraîne le scandaleux à sa perte. » (Saint Augustin, Questions sur les Evangiles, I-24). Saint Augustin retourne ici totalement le sens de la phrase et l'on se convaincrait facilement que c'est le pêcheur lui-même qui s'attache une meule au tour du cou !

Mais là où Saint Augustin est le plus touchant, c'est lorsqu'il s'attache à commenter les passages érotiques de la Bible, notamment le sulfureux texte du Cantique des Cantiques. Il en extrait au hasard une phrase : « Il y a soixante reines, quatre-vingt concubines et des Jeunes filles sans nombre. » (Cantique des Cantiques, VI-7). Face à une telle foule de femmes, voilà notre Saint Augustin qui, aveuglé par tant de suggestions érotiques, n'y voit plus qu'un fatras inextricable de nombres : « Le nombre dix peut signifier la science de l'univers. Si on l'applique aux choses intérieures et intelligibles, indiquées par le nombre six, il en résulte le nombre dix fois six ; c'est-à-dire soixante ; si on la rapporte aux choses terrestres et corruptibles, qui peuvent être désignées par le nombre huit, on obtient dix fois huit, c'est-à-dire quatre-vingt. Les reines sont donc les âmes qui règnent dans le monde intelligible et spirituel. Les concubines sont les âmes qui reçoivent une récompense terrestre. Les jeunes filles sans nombre sont les âmes dont la science... » (Saint Augustin, Quatre-vingt trois questions, LV)

Un autre passage où il est question des dix vierges met en émoi notre Saint : « Alors il en sera au Royaume des Cieux comme de dix vierges qui s'en allèrent, munies de leurs lampes, à la rencontre de l'époux. » (Matthieu, XXV-1). Cinq sont folles et n'ont pas d'huile, cinq autres censées et avec de l'huile. Nul part n'est indiqué ce qu'il advient de ces vierges lorsque l'époux rentre enfin au foyer, excepté que les cinq folles se font mettre grossièrement à la porte. Mais pour Saint Augustin pas de doute : Il y a là une allégorie ne relevant que de bonnes mœurs : « Les cinq vierges me semblent donc représenter l'abstention des cinq sortes de plaisirs charnels. Il faut en effet s'abstenir du plaisir déréglé de la vue, de celui de l'oreille, de l'odorat, du goût et du toucher. » Et lorsque les cinq vierges « entrèrent avec lui dans la salle des noces » Saint Augustin n'y voit évidemment que l'endroit « où l'âme pure s'unit, pour être fécondée, au Verbe de Dieu, pur, parfait et éternel. » (Saint Augustin, Quatre-vingt trois questions, LIX et Sermon, XCIII). Il fallait réellement être un saint pour avoir une vision aussi béate et ingénue de cette histoire !


Hits: 1400

  Commentez

Seuls les utilisateurs enregistrés peuvent laisser un commentaire.
SVP, connectez vous ou enregistrez vous.

Powered by AkoComment Tweaked Special Edition v.1.4.6

Dernière mise à jour : ( 19-12-2006 )
 
< Précédent   Suivant >

Les Chats Persans

Sauvez Hasankeyf !

Clips du moment

 

Rejoignez nous sur Facebook

Ils parlent de nous

Liens partenaires

Association Turquie Européenne
© 2010 Athétürk
Joomla! est un logiciel libre distribué sous licence GNU/GPL.