|
"Si on veut connaître le baromètre de la liberté d'expression d'un pays, il ne faut pas aller voir le premier ministre, mais le dessinateur de Presse" a déclaré un jour Plantu. Retour donc sur une année chargée de caricatures contre l'intégrisme religieux au pays du raki, des joueurs de saz, et de la fibre laïque susceptible.
L'article de Marc Semo, publié le 8 mars 2006 dans Libération, m'avait profondément irrité. En effet, dans un article intitulé « La Turquie, musulmane d'abord », le célèbre éditorialiste montrait son indignation à propos des réactions sur l'affaire des caricatures de Mahomet dans la presse turque : « En tout et pour tout, il y a eu, en une, la reproduction d'une miniature moghole du XIVe siècle afin de rappeler que la tradition permettait de montrer le visage du Prophète : même Cumhurriyet (« la république »), l'austère quotidien des héritiers proclamés de Mustafa Kemal le créateur de la République laïque turque sur les décombres de l'Empire ottoman préféra jouer profil bas. Le monde musulman s'embrasait avec la publication des caricatures de Mahomet. Dans plusieurs pays arabes, notamment en Jordanie et au Maroc, des journalistes assumèrent le choix courageux de montrer ces dessins afin de permettre à leurs lecteurs de juger. Mais, dans la Turquie démocratique qui a commencé en octobre dernier ses négociations d'adhésion avec l'Union européenne, personne n'osa. »
Revenons donc tout d'abord sur ces caricatures, que le monde entier a vu - et il est naïf de croire que ces caricatures se soient arrêtées à la frontière turque - et interrogeons-nous. Interrogeons-nous tout d'abord sur la nature même de ces caricatures. Elles sont 12 au total, et comme nous le rappelait alors Courrier International : « l'un des dessins montre Mahomet portant sur la tête un turban en forme de bombe, associant ainsi de façon explicite islam et terrorisme ». Nous pouvons même dire, que par extension, l'ensemble de ces caricatures montrait tout citoyen originaire d'un pays du maghreb ou du moyen orient, comme un intégriste musulman. Quant au yllands-Posten, tout danois sait que ce journal est un quotidien proche de l'extrême droite. Enfin alors pouvons-nous nous poser la véritable question se trouvant sur grand nombre de langues de journalistes de la presse à sensation : Mais qui sont donc ces turcs dont Georges de Hongrie, au XV ème siècle, nous parlait déjà de la « perfidie », pour ne pas faire preuve de camaraderie avec nos journaux d'extrême droite ? Défendre sans restriction, la liberté d'expression, ne veut dire en aucun cas, et à aucun moment, la défendre aveuglément. Et s'il est impératif de rappeler fermement que l'article 3 de la déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen stipule que « Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne », et qu'ainsi l'Etat danois comme l'Etat français doivent assurer l'entière protection des caricaturistes du yllands-Posten comme celle de Robert Redecker ( dont il faut rappeler qu'il a été victime d'un illuminé isolé et non d'une fatwa comme l'ensemble de la presse s'est amusée à le dire ); il appartient à chacun, pour autant, de ne pas épouser pleinement et systématiquement les idées des personnes victimes de l'intégrisme. Tout simplement parce que celles-ci peuvent, elles aussi, être intégristes. Et les caricatures du yllands-Posten, tout comme la critique de Robert Redecker, ne prônaient absolument pas l'égalité entre les hommes. Les uns montraient tout individu du maghreb et du moyen orient comme un islamiste, l'autre tentait vainement de démontrer la supériorité du christianisme sur l'islam.
Sur les caricatures du yllands-Posten donc, les turcs ont eu, à part quelques manifestations d'infimes illuminés comme nous en avons aussi - qu'ils soient d'ailleurs chrétiens, juifs, ou musulmans - la presse turque a eu sur cette affaire, me semble-t-il, la plus sage des réactions qui soit. Au lieu de reproduire les caricatures pour attiser les haines, le quotidien national Hürriyet par exemple rassemblait 10 caricaturistes pour discuter autour des réactions faites à ces caricatures. Les avis donnés étaient édifiants : s'ils ne comprenaient pas pourquoi au nom de quoi on ne pouvait caricaturer le prophète, et certains jugeaient d'ailleurs lamentable la susceptibilité de certains musulmans, en revanche, ils trouvaient déplorable la sempiternelle image que les européens portaient sur eux : celle d'islamistes, et non d'hommes pouvant partager simplement les mêmes valeurs humanistes. De surcroît, si dans l'esprit de la révolution française, on désire pour plus de justice ne pas s'en tenir à la stricte presse islamiste ou nationaliste comme c'est souvent le cas, et souligner au contraire la souveraineté et la bienveillance du peuple, brisant parfois avec le politiquement correcte de la presse, qui contrairement à ce que l'on pourra toujours dire, est lui seul garant des valeurs démocratiques; alors il est important d'informer le lecteur que les caricatures de Mahomet ont largement circulé sur l'internet turc dans les milieux démocrates. Sur le très populaire site de l'homologue de Jean Meslier (le fameux prêtre devenu athée à la révolution française), Turan Dursun, mufti attaché aux valeurs kémalistes, devenu athée et écrivain ( On lui doit les plus célèbres critiques turques sur l'islam et le coran ). En France, sur le forum du site de l'association loi 1901 athée et laïque Athétürk, les utilisateurs se félicitaient d'avoir publié les caricatures avant France Soir. Mais comme il est réducteur de juger la liberté d'expression en Turquie uniquement sur la publication ou la non publication des caricatures de Mahomet dans la presse turque, je vous propose donc de revenir doucement, et en images, de cette sombre affaire qui n'a fait qu'ajouter de l'eau au moulin des extrêmes, en parcourant l'actualité qui a secoué depuis le monde religieux, et fut commenté par ces fameux caricaturistes turcs. Vous allez ainsi pouvoir découvrir une toute autre Turquie, loin de ce qu'on a pu en dire, et peuvent toujours en dire, la presse occidentale...
La Turquie vécue en images
Je flânais sur le port de Kadiköy, sur la rive asiatique d'Istanbul, en septembre dernier. L'air était frais et encore doucement chargé des parfums de Théodora, Reine et putain de Byzance. Les mouettes giclaient dans le ciel bleu et les derniers vapurs débarquaient des grappes de business men et d'étudiants de la rive européenne. Quand soudainement, là, venant d'arriver de l'aéroport Atatürk, au milieu des vendeurs de simits et autres vendeurs de sandwichs au poisson, je décidais de faire un tour d'horizon de la presse turque. Attitude qui est toujours un de mes premiers réflexes quand j'arrive à Istanbul, car pour moi un véritable plaisir, même si je ne comprends parfois - avec mon turc rudimentaire et vulgaire assassin de cette langue somptueuse comme des seins ronds et blancs gorgés de soleil - que les gros titres. Je tiens à ce propos déclarer ceci qui pourrait rassurer plus d'un de mes compatriotes qui comme moi, se réclament à la fois de Voltaire et de Coluche : on a beau être atteint d'une turcopathie chronique donnant lieue parfois à de fortes poussées fiévreuses, nul en Turquie - à part une infime minorité d'illuminés mais qui n'a pas les siens ? - ne vous demandera de renier votre identité culturelle et philosophique, dans l'expectative où vous ne troublez pas l'ordre public bien sûr (et là encore, on en revient à la loi universelle du « C'est partout pareil ») Aussi à Istanbul comme à Paris, je privilégie les comptoirs de bar aux bancs d'église, et les virées au türküs bars à boire le raki et écouter les joueurs de saz au visites des mosquées. Aussi, j'aime tout autant à Istanbul comme à Paris, la compagnie des jolies filles, bien boire, bien manger... et surtout bien rire ! Je n'ai pas la prétention d'être supérieure en quoi que ce soit de la grande majorité de mes compatriotes, et j'assume donc être " un bon franchouillard ". Comme à La Croix, Minute, ou l'Humanité, je préfère et de loin, la lecture à titre d'exemple, de Charlie Hebdo, je n'ai donc pas choisi, en me dirigeant vers le kiosque dans ce port de Kadiköy balayé par le vent - car à istanbul, le vent n'a parfois rien à revendre à celui de Chiacgo - mais bel et bien fait couler mes liras turcs, pour une presse plus démocrate. Ainsi je n'échangerais ainsi jamais, et pour rien au monde, Radikal et les articles exquis de ses éditorialistes démocrates et parfois politiquement rock n' roll, contre la presse islamiste ou nationaliste que peuvent être Zaman, Vakit, ect... mais ce soir là je n'avais pas la tête à la politique, mais à la rigolade. C'est donc le magazine hebdomadaire Manyak - le mot n'est pas dur à comprendre, comme une grande partie de la langue turque, il vient du français - qui s'est retrouvé entre mes mains fébriles de «gavur» ( mot turc péjoratif employé par les ultra conservateurs et signifiant "non musulman" ). Dans les premières pages, une bande dessinée avec des personnages rappelant ceux d'Edika et s'étalant sur deux ou trois pages du magazine retint particulièrement mon attention : Un soir, dans Istanbul la bienheureuse, nedjati et sa femme dorment en bon turcs moyens, comme dorment à Paris du sommeil du juste leurs célebrissimes homologues, Robert et Raymonde de Binet. Soudain un bruit vient perturber le silence dans la maison, et la femme de Nedjati se réveille. Madame s'angoisse et réveille son mari. Ils se réveillent tous deux, se lèvent, et se dirigent vers le salon à pas feutrés, inquiêts comme nous le serions à leur place, de ce qu'ils vont découvrir. La lumière s'allume, et deux cambrioleurs super costauds leur tombe dessus à bras raccourcis. Monsieur et madame se font sodomiser furieusement à même le parquet, et Madame avec des yeux exorbités de hurler à l'aide son mari dans un cri d'une détresse profonde « Nedjatiiiiiii ! ». Et le pauvre bonhomme, dans la même malencontrueuse et humiliante position, de hurler désespérément à sa rombière : « Dayan bir tanem ! Dayan bitecek ! », littéralement : "Tiens bon ma chérie ! Tiens bon, ça va finir !" Je n'ai franchement pas pu faire plus de 3 pas du kiosque à journaux, ou de faire deux lignes plus loin de cet bande dessinée qui traitait au final de l'échangisme dans certaines couches de la société turque ( et oui ! Chez les turcs aussi... ) tellement, pour tout vous dire, j'en avais les yeux brouillés de larmes, et je riais fort à m'en etouffer, moi le petit franchouillard échoué là sur la rive sur le ventre de l'Europe. « On est de son enfance comme on est d'un pays » rappelait judicieusement le célebrissime dessinateur du «küçük Prense» ( Le Petit Prince, traduit en turc ), Antoine de Saint Exupéry. L'humour, émotion par ailleurs universelle et humaniste, que je redécouvrais avec la bande dessinée hilarante de ce magazine turc, m'offrait un voyage chargé de Nostalgie dans le passé. Avec Manyak, je renouais avec le Fluide Glaciale de mes 12 ans. Loin de tous les intégrismes religieux du monde adulte.
La Turquie des caricaturistes avant l'affaire du jylland posten
Et comme la France laïque n'a pas attendue les récents dérapages de Benoit XVI à Ratisbonne pour caricaturer le christianisme, la Turquie laïque n'a pas attendu les caricatures xénophobes d'un journal d'extrême droite danois pour rire de l'islam. En voici la preuve...
 Traduction : « d'après une récente information qui vient de me parvenir, le paradis est saturé.. c'est à dire, il n'y a plus de place.. ne priez pas pour rien..allez vous amuser, forniquez, faites ce que vous voulez! » 
Traduction :
Mustafa Kemal Atatürk : Messieurs, ou l'indépendance, ou la mort ! Les religieux : L'indépendance ! L'indépendance !
Janvier, la Turquie pendant l'affaire des caricatures du Jyllan Posten
Quand finalement les caricatures xénophobes du journal danois furent révélées à la presse mondiale, Emre Ulas, oeuvrant au quotidien national Radikal, n'a pas attendu les réflexions d'éditorialistes européens pour faire son travail de caricaturiste...

Traduction : -tu peux exploiter ma religion, tout le monde le fait... -tu peux en faire un moyen d'exploitation, et même des pays le font... -tu peux tuer, faire des massacres en son nom, et nous faisons ça... -mais tu ne peux pas la caricaturer!!!
Quelques jours après, quand le premier ministre turc issu du mouvement "musulman démocrate" AKP, Recep Tayyip Erdogan, a décidé qu'il pouvait tirer partie de la situation, se proposant de faire le lien entre orient et occident pour calmer la situation, les caricaturistes du magazine Penguen lui rappelaient qu'ayant essayé de les condamner en vainc - car la justice ne lui a jamais donné raison - plusieurs caricaturistes dans son pays, dont l'auteur des très célèbres desseins de ce même magazine qui le montrait en animal de zoo, ce dernier était mal placé pour faire la morale en matière de défense des caricaturistes. Nous étions le 8 février 2006.  Traduction : Crise des caricatures : Ankara entre en lice - Recep Tayyip Erdogan (chef du gouvernement) : Ca y est, j'interviens dans cette crise des caricatures, Abdullah... - Abdullah Gül(ministre des Affaires étrangères, second du gouvernement) : C'est bien Tayyip, mais qu'est-ce que t'y comprends toi aux caricatures ?
Août, bikini contre voile
A Karaburun, une station d'été située près d'Izmir, une jeune femme turque, en bikini sur une plage, a été prise à partie par des islamistes dénonçant sa tenue trop légère. L'incident, qui s'est produit, et qui est évidemment un cas isolé comme il nous en arrive en France, aurait pu passer inaperçu, mais la belle, qui a saisi la justice, est la fille d'une journaliste du quotidien à gros tirage Hürriyet, qui n'a pas manqué de rapporter l'affaire en dénonçant une atteinte aux principes laïques de la République. En réponse aux islamistes de Karabarun, une énorme manifestation de militants pro-laïques conptant plusieurs milliers de personnes a marché vers l'hotel où ces derniers résidaient pour les vacances. Que cela soit clair : en Turquie laïque, on ne badine pas avec le bronzage! 
Traduction : Danger sur la plage...
Septembre, le scandale des livres scolaires
Scandale sur toutes les chaines de télévision turques : l'argot des livres scolaires est "purifié" et le vocabulaire pouvant heurter la sensibilité des écoliers est remplacé de façon douteuse. Les "merde" deviennent des "allah ! allah ! ", équivalent de notre "nom de dieu!". L'affaire fait grand bruit et les laïques veulent en découdre à tel point que le ministre de l'éducation nationale est obligé de venir s'expliquer devant toutes les caméras. Celui-ci se renverra la balle avec l'éditeur des ouvrages incriminés. On ne badine pas avec l'intégrité spirituelle de Victor Hugo !
 Traduction : Laïk egitim : éducation laique. Hüseyin çelik : ministre de l'éducation nationale turque, gouvernement AKP, élu à seulement 37 % des voix dont grand nombre de déçu par les grands partis...

 Traduction de la B.D :
En encart : Dans le scandale des livres pour enfants, le ministre de l'éducation Çelik sans gêne! Pinnochio : Avec un tel ministre de l'éducation nationale, vous n'aurez pas tellement besoin de moi!... Adieu!... Le ministre de l'éducation nationale turque : Ne vous inquiétez pas, nos enfants sont entre de bonnes mains!... MEB: Ministere de l'Education Nationale
Octobre, le pape dérape a Ratisbonne
Durant la conférence de Ratisbonne, le pape cite l'Empereur Byzantin Manuel II Paléologue s'entretenant avec un persan cultivé à Ankara sur l'Islam et le christianisme en 1391 : "Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu y trouveras des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par l'épée la foi qu'il prêchait" enflammant ainsi les intégristes musulmans un peu partout sur la planête, et oubliant de ce fait les paroles de Jesus : « N'allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais bien le glaive . ( Matthieu,10,34,37 ) ». Ou encore : « Quant à mes ennemis, ces gens qui ne voulaient pas que je règne sur eux, amenez-les ici, et égorgez-les devant moi. (Luc, 19, 26,27] ». Propos qui pour le caricaturiste turc et juif, Izel Rozental, ne sont pas tombés dans l'oreille d'un sourd...
Traduction : PAPA ÇOK ÜZGÜN: Le Pape se dit absolument désolé! Le Pape: J'ai dit que j'étais très désolé, maintenant on fait quoi ? Le diable: Allez, on va en Turquie !
Mi-octobre, loi sur la pénalisation du génocide arménien par le Parlement français
Sur la loi stupide voté par le Parlement français, puisque d'une part elle est une atteinte à la Liberté d'expression, et que d'autre part, elle gâche le travail de terrain que livrent depuis des années les démocrates turcs en provocant un regain de nationalisme et un sentiment anti-français dont les appels aux boycott ne seront suivis que par une infime minorité (Heureusement ! On peut dire que nos entreprises, entre autres Carrefour et Renault on eu chaud au cul ! ); le ministre de l'éducation nationale en profite pour rendre la monnaie de sa pièce aux laïques. La Liberté de Delacroix est bannie stupidement des livres scolaires, parce qu'on voit son sein et que c'est indécent. L'affaire est révélée par le quotidien Milliyet. Les laïques reviennent au taquet...

Traduction : Sur le drapeau tenu par la femme: "Liberté" L'un crie:"tu vas rentrer dans les livres scolaires toi!" Un autre: "frappez la pute!" Un autre encore la traîte "d'athée" (bouh l'insulte suprême! C'est évidemment du second degrès !)
Pour ceux que cela rassure de leur conviction d'une Turquie prête à basculer dans l'islamisme comme on l'entend si souvent dans la presse à sensation, j'aimerais ouvrir une parenthèse et attirer leur attention sur la récente actualité laïque : A Bordeaux, Henry-Claude Cousseau, respectable haut fonctionnaire aujourd'hui directeur de l'école des Beaux-Arts de Paris, ex responsable des musées de bordeaux, vient d'être mis en examen pour une exposition d'art tenue il y a 6 ans, et qui heurtait la sensibilité puritaine de familles d'une association pour enfants. Encore un coup dû à la "perfidie" des turcs, puisque dans l'exposition se trouvait une reproduction de l'Origine du Monde de Gustave Courbet. Une peinture réaliste mondialement connue de 1866, dont l'originale se trouve au musée d'Orsay ! ( Profitez-en, vous n'allez plus pouvoir aller au musée en famille pour trés longtemps !) La commande de L'Origine du monde est attribuée à Khalil Bey, un diplomate turc, ancien ambassadeur de l'Empire Ottoman à Athènes et Saint Petersbourg fraîchement installé à Paris. Présenté par Sainte-Beuve à Courbet, il commanda une toile à ce dernier pour sa collection personnelle de tableaux érotiques (quand on vous dit qu'ils ont le vice dans la peau, les turcs !) Celle-ci comptait entre autres Le Bain turc d'Ingres et Le Sommeil, un autre tableau de Courbet connu aussi sous le nom Les Dormeuses. Ha ! Si seulement les turcs n'existaient pas, tout cela ne serait jamais arrivé !
5 novembre, décés de Bülent Ecevit : la Turquie entre larmes et crise de nerf
Quant aux obsèques du trés populaire Bülent Ecevit, Erdogan, veut faire partie du cortège, des dizaines et des dizaines de milliers de turcs laïques descendent dans les rues en Turquie pour manifester à la fois leur reconnaissance à l'ex premier ministre défunt, et leur attachement aux valeurs laïques de la république. A Ankara ils sont 12 000 à suivre le cortège, soit le même nombre de laïques descendus dans les rues de Paris pour la manifestation, auxquels s'étaient joins entre autres les partisans de la Libre Pensée venus de toute la France, commémorant les 100 ans de la loi de 1905 pour un pays trois fois plus grand, et dont la population est à peu près égale au même nombre d'habitants. Il faudra 10 000 policiers pour assurer la sécurité du premier ministre dont le peuple exprime son mécontentement en hurlant à pleins poumons "Türkiye laiktir, laik kalacak" qui signifie littéralement que la république est laïque et qu'elle le restera. Soit le même nombre que pour la venue du pape... sauf que cette fois ce n'était pas pour de la figuration et montrer patte blanche aux européens.

Traduction : Erdogan sous les parapluies !... La république est laïque... Elle restera laïque !

Traduction :En haut à gauche: Vivre après la mort... ou bien mourir pendant qu'on vit... Le peuple scande le nom de l'ancien premier ministre décédé et très populaire, Bülent Ecevit. Autour du 1er ministre Erdogan venu assister à ses obsèques, ses gardes du corps préviennent: - On ne s'approche pas trop près du peuple! - Compris, on reste loin du peuple!

Traduction : Le peuple : "La Turquie est laïque et le restera! Le policier: Messieurs, on avait dit que tout slogan était interdit durant les obsèques! L'homme en face: Regarde là-haut! L'ancien 1er ministre Ecevit décédé du haut de son nuage: - Pour une Turquie réellement indépendante!"
Fin novembre, la visite du pape
Quelque jours avant la visite du pape, Emre Ulas s'en donnait à coeur joie dans Radikal, mettant explicitement dans le même sac christianisme et islam orthodoxes...

Traduction : - L'évêque : Votre sainteté, si vous vous étiez entretenus avec Erdogan, vous auriez fait une grande erreur! - Le pape : Mais je suis le Pape, même si je le voulais, je ne peux pas faire d'erreurs ! - Le sbire d'Erdogan : Cher premier ministre, d'après moi vous faîtes une grande erreur en refusant de voir le Pape! - Erdogan : Qu'est-ce que tu racontes ? Jusqu'à maintenant, qui peut dire que j'ai déjà commis une erreur ?
 Traduction : Le cauchemard d'Erdogan: Vous pourriez me tenir ceci, le temps que je remette en place mon képi!
Milliyet.
Traduction : 1 : Bartholomée toi tu es oecuménique... 2 : Pour toi c'est la nique ! Ce qui ne manquera surtout pas de choquer les laïques de Turquie, c'est le reccueillement d'un pape bardé de signes ostentatoires de la tête aux pieds, au mausolée de Mustafa Kemal, dans lequel, comme dans tout édifice public, une femme portant le voile islamiste n'a jamais pu rentrer. Tout comme l'entetien accordé par le président pro laïque Ahmet Necdet Sezer au même pape dans sa résidence présidentielle où les femmes des ministres AKP ne sont pas invitées lors des cérémonies officielles puisqu'elles portent le voile islamiste. Mais le sens de l'accueil est à ce point chaleureux et aigu chez les turcs, qu'ils en frise parfois la folie pure. Epilogue

Voilà une année 2006 bien remplie qui se termine pour nos caricaturistes turcs. La visite du pape et les caricatures de Mahomet sont déjà loins pour eux. A l'image de cette caricature, le message qu'ils sont délivré tout au long de l'année est clair : ce n'est pas une bande d'intégristes ridicules quels qu'ils soient qui vont effacer l'ombre de la laïcité qui plane sur la Turquie et arriver à leur faire baisser les bras.
En France par contre, Charlie Hebdo se retrouvera les 7 et 8 février prochains, au tribunal correctionnel de Paris, poursuivi par l'Union des organisations islamiques de France et la grande mosquée de Paris pour avoir insulté... les musulmans intégristes. Philippe Val est donc, en tant que directeur de la publication, poursuivi pour «injure envers un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée» (art. 48 de la loi de 1881, équivalent du fameux Article 201 du code civile turc qui a tant défrayé la chronique en Turquie et dont s'est délectée sans modération la presse européenne). «C'est quand même le seul procès des caricatures du monde. Et la question de fond est: est-ce que, en France, on a le droit de critiquer la religion?», déclare Richard Malka, l'avocat de Charlie Hebdo à Libération, poursuivant «Nous pensons que oui. Ceux qui nous attaquent essaient de faire sanctionner le blasphème, sans le dire.»
Et oui ! En Turquie comme en France, si les intégristes ne sont que des minorités dans nos pays à grande diversité, dans l'Europe s'élargissante, il serait plus judicieux de nous serrer les coudes plutôt que de nous tirer dans les pattes, afin de ne pas tomber dans l'intégrisme de la Pologne ou de l'Iran. C'est quelque chose que les caricaturistes français et turcs ont déjà compris à l'image de Plantu qui exposait début Octobre à Paris, en compagnie de Piyale Madra.
« Piyale est une amie, raconte Plantu. Et je suis très fier d'exposer en sa compagnie car j'ai une très grande admiration pour son travail. Contrairement à ce que l'on pourrait croire vu d'ici, il existe une très grande liberté d'expression dans la presse turque. Les caricaturistes, et notamment les femmes, y font des dessins incroyables, qui me rappellent parfois Reiser ! » Plantu.
 Piayale Madra.
Hits: 4537
Seuls les utilisateurs enregistrés peuvent laisser un commentaire. SVP, connectez vous ou enregistrez vous. Powered by AkoComment Tweaked Special Edition v.1.4.6 |