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1. Introduction 2. L'exégèse biblique 3. Clément d'Alexandrie et le voleur volé 4. Quand Origène allégorise la polygamie 5. Les saints scrupules de Saint Augustin 6. Epilogue.

Introduction : les trois Livres
On désigne souvent les trois grandes religions révélées comme des ‘religions du Livre' ; on entend par-là que chacune de ces trois religions (judaïsme, christianisme et islam) se réfèrent chacune à un Livre considéré comme Sacré. Suivant les confessions, la Torah, la Bible ou le Coran sera l'unique Livre auquel on devra reporter sa conduite. Car évidemment, seul ce Livre est issu du verbe divin.
Mais il n'en a jamais été ainsi, ni pour la religion, ni même pour toute sorte de discours : Platon, par exemple, a voulu créer un discours universel censé s'imposer par la raison : la philosophie. Tandis que la religion instaure une œuvre qui doit s'imposer universellement par la foi. Mais de même que lorsque Platon a voulu instituer la philosophie comme discours capable de se justifier intégralement à chacune de ses étapes, acceptable par tous pour peu qu'on soit de bonne foi, le maître a provoqué un mouvement intellectuel qui allait se développer de manière exponentielle, ne cessant de revenir, d'infirmer ou de confirmer les thèses du maître de l'Académie. De même le Livre Saint, quelqu'il fut Torah, Bible ou Coran, n'a pas manqué de susciter interprétations et polémiques. La Parole révélée n'était apparemment pas si ‘lumineuse' ...
Qui plus est, chacun de ces livres a le caractère particulier d'être un livre composé :
La Torah se compose de pas moins de cinq livres (Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome). A tout cela La Bible surajoute le Nouveau Testament tandis que la tradition juive se réfère au Talmud : ce qui donne pour le moins une collection d'écrits très variés (mythes d'origine, textes législatifs, récits historiques, textes sapientiaux, prophétiques, poétiques, hagiographies, lettres) dont la rédaction s'est échelonnée pendant plus d'un millénaire. Bien que reconnaissant en Moïse, Abraham ou Jésus des prophètes, les musulmans, quant à eux, considèrent le seul Coran comme l'œuvre définitive de Dieu. Celui-ci y est vu comme tellement parfait qu'il est considéré comme absolument inimitable. ( Verset XVII ; 8 ). Mais il a tout de même fallu y adjoindre les Hadith, rassemblés dans quelques compilations et qui rapportent les paroles et les actions attribuées à Mahomet par ses compagnons. Les musulmans se réfèrent très souvent à ceux-ci pour décider si telle ou telle action est acceptable ou non en comparant l'action du prophète dans une situation proche. Ces Hadith forment la Sunna (tradition) d'où le nom d'islam sunnite pour le courant orthodoxe.
Par malchance, ou maladresse divine, ces trois Livres sont remplis de passages qui sont pour le moins ambigus. A tel point que les premiers prêcheurs se sont évidemment demandés s'il fallait réellement les prendre au pied de la lettre...
D'où la naissance de ce qu'on appelle communément l'exégèse : le travail d'interprétation, avec ses différentes techniques, et qui permet de ‘polir' le texte, de le rendre un peu plus acceptable... L'exégèse s'ouvre sur différents domaines : - Les problèmes de traduction et problèmes linguistiques, ce qu'on appelle philologie et linguistique. - Le problème général du contexte historique : qui a écrit ? Est-ce une compilation de différents auteurs ? A qui s'adressait-il ? Peut-on en retrouver la trace dans l'histoire profane ? (philologie, histoire) - En ce qui concerne l'explication du sens de certains passages ambigus on parlera de travail d'interprétation du sens (herméneutique) - Enfin, l'interprétation philosophique et l'interprétation allégorique ont en commun de permettre de changer radicalement le sens de ce qui est écrit.
L'interprétation philosophique permet de remplacer des objets ou personnages par des idées générales ou notions abstraites comme, par exemple, on remplace opportunément la ‘main' de Dieu par sa ‘puissance' pour éviter toute vision anthropomorphiste de Dieu. L'interprétation allégorique, quant à elle, qui est un mode de l'expression philosophique, et que j'entends illustrer ici, permet de changer radicalement le sens d'un passage, d'une histoire qui attente à la ‘bonne morale' comme par exemple le mariage d'Osée avec une prostituée, épisode de mœurs légères que nous retrouverons plus tard...
Mais, à trop discutailler sur les Textes, n'est-ce pas là avouer une espèce d'imperfection de l'œuvre divine ? Bien évidemment, certains nous diront que c'est notre esprit qui est trop limité et ne peut comprendre les ‘mystères' divins !
Pourtant il existe tout un courant rationaliste parmi les penseurs religieux qui refuse de sacrifier des passages entiers aux ‘oubliettes' des mystères... C'est ici que philosophie et religion se rencontrent. Si un aspect du travail des philosophes sur ces textes donne à voir une religion plus rationnelle, plus acceptable du point de vue de la raison, un autre aspect est incontestablement une tentative frauduleuse de dissimuler des contradictions ou incohérence dans les Textes sacrés.
A suivre...
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